Le putsch final sur notre démocratie va-t-il réussir ?

Manipulation de l’opinion publique venant de l’étranger

Par David Chavalarias, CNRS/ISC-PIF – 6 mai 2017, 19h

La veille de l’élection présidentielle française, nous faisons un bilan de la campagne qui vise Emmanuel Macron, et qui est issue pour grande partie, de comptes étrangers à la France.

Pour une analyse plus complète, voir notre analyse du 5 mai 2017

Attention

Les niveaux d’activité présentés ici n’indiquent rien quant au contenu des tweets qui peut être “positif”, “négatif” ou “neutre”. Les communautés politiques sont définies de manière purement technique. L’appartenance à une communauté ne signifie pas l’appartenance au parti associé. Un même parti est souvent composé de plusieurs sous-communautés autour de ses principales personnalités. Voir la méthodologie pour plus d’information.

Aux lendemains du premier tour, le 25 avril 2017, un groupe lié à l’extrême droite américaine se donnait rendez vous sur le site 4chan pour organiser le “push final” contre la démocratie française, qui prendra peut-être la forme d’un “putsch final”. « Nous les avons battu, nous les battrons encore » annonçaient-ils se vantant d’avoir déjà fait basculer l’élection américaine. Leur cible : Emmanuel Macron, l’homme à abattre pour faire triompher l’extrême droite française, menée par leur « golden queen ».

Leur plan d’attaque, mener une campagne de dénigrement et de désinformation massive sur Emmanuel Macron. Ce plan est accompagné d’une série de techniques de manipulation de l’opinion et de conseils quant à ce qui rebute, déplaît ou fait peur aux différentes communautés politiques françaises. Les deux principales cibles : Les Républicains, qu’il est conseillé d’aborder sur le thème de l’immigration et du terrorisme ; et les Insoumis, qu’il est conseillé d’aborder sous l’angle de la finance, du rejet des élites et de l’Europe néolibérale.

L’objectif : qu’ils s’abstiennent ou votent Le Pen.

La multitude de messages allant dans le même sens finira bien par convaincre quelques pourcents. Et on sait bien que les victoires de nos jours se jouent à peu (1 % pour Trump).

Ces communautés seront d’autant plus faciles à cibler qu’elles se rallient sur Twitter autour de mots-clés bien identifiés, les fameux #hashtag : #laforcedupeuple, #melenchon, #sansmoile7mai, #franceinsoumise, #jevotefillon, #fillon etc. Dans tous les cas, des petites phrases sorties de leur contexte et des images choc correctement retouchées arriveront à créer ou renforcer une opinion négative sur le challenger de Marine Le Pen en le dénigrant, le ridiculisant ou le diabolisant. On donnera surtout comme conseil de produire des messages ‘corporate’, qui ont l’air de venir des communautés elles-mêmes et seront facilement partagés. Une action massive dans les trois ou quatre jours précédant l’élection fera l’affaire.

Avec la plate-forme de l’Institut des Systèmes Complexes CNRS Politoscope, nous observons depuis 9 mois les communautés politiques sur Twitter, que nous avons décomposées en un cœur d’environs 100.000 comptes les plus actifs (probablement des militants) et une périphérie d’environ 1.140.000 comptes intéressés par la politique.

Nous avons analysé les tweets circulant dans la périphérie, c’est à dire relayés par les comptes les plus susceptibles de changer d’avis car les moins impliqués politiquement. Nous pouvons, en première estimation, dire qu’à peu près 40 % des tweets circulant dans cette twittosphère politique périphérique ont été initialement écrit par des personnes de l’étranger et plus vraisemblablement par des personnes résidant aux Etats-Unis. Ce chiffre est à préciser par des analyses plus approfondies, son ordre de grandeur est une certitude. Ces 40 % contiennent les retweets, c’est-à-dire des messages relayés par d’autres comptes que leur émetteur initial, qui peuvent tout à fait être des comptes de personnes françaises. Il est même assez probable que les personnes françaises ayant participé à la diffusion de ces tweets écrits par des membres de l’extrême droite américaine n’aient pas eu conscience de leur origine, ce qui était d’ailleurs le but recherché.

Depuis le 1er tour de la présidentielle (23 avril 2017), nous avons analysé plus de 248.000 tweets visant Emmanuel Macron(*). Le premier pic a été enregistré le jour de la discussion du groupe de l’extrême droite sur 4chan (29.000 tweets). La tendance est en train de s’accélérer à l’approche du second tour, avec plus de 54.000 tweets pour la seule journée partielle du 6 mai à 17 :30.

C’est donc maintenant un classique, déjà observé lors de précédents scrutins (voir l’analyse “Ali Juppé” et le premier tour de la présidentielle) : les campagnes de (dé)information s’amplifient considérablement dans les trois à quatre jours avant un scrutin, au moment où les sondages et les campagnes s’arrêtent à cause de la période obligatoire de réserve. Le contenu des messages témoigne d’une stratégie qui joue sur les émotions, la peur et le mensonge plutôt que sur des propos argumentés. Couplé avec des campagnes de hacking et fuites, le but est clairement de faire basculer l’opinion publique à un moment où elle est la moins informée et la plus vulnérable.

A l’ère du numérique et des réseaux sociaux, ce type de manipulation est inévitable, mais un internaute averti en vaut deux.

Alors le 7 mai, protégez notre démocratie, ne sortez pas sans votre esprit critique.

(*) Hashtags : #dangermacron, #sortonsmacron, #jamaismacron, #toutsaufmacron, #stopmacron, #levraimacron, #enmarchearriere, #emmanuelhollande, #demasquonsmacron, #macronpiegeacons, #macrongate, #imposturemacron, #macrondegage, “compte offshore”, “compte aux bahamas”, “%compteoffshore%”, #MacronLeaks, #MacronGate, #macronleak

Campagne dirigée contre Emmanuel Macron à la veille du second tour. Sur ces images, chaque point est un compte Twitter. Sur l’image de gauche, les couleurs indiquent les communautés politiques organisées autour des principales personnalités politiques de cette campagne. Sur l’image de droite, la couleur indique les comptes ayant émis au moins un tweet avec l’une des expressions “compte offshore” OR “compte aux bahamas” OR “%compteoffshore%” OR #MacronLeaks OR #MacronGate OR #macronleak. Les rouges sont les premiers à être intervenus, les verts les derniers. La taille des cercles est proportionnelle au nombre de tweets de ce type émis par ce compte.

Sur le graphe ci-dessous, on peut voir que les communautés de Marine Le Pen ont été les plus virulentes sur ce thème, qui a également été repris par les communautés Fillon/Sarkozy.

Campagne dirigée contre Emmanuel Macron depuis le premier tour de la présidentielle. La “mer” (1,1M de comptes périphériques au cœur de la twittosphère politique) voit le mouvement s’amplifier de jour en jour pour atteindre plus de 50.000 tweets par jour le 6 mai, témoignant de la virulence de cette attaque et de sa pénétration.

Mise à jour 7 mai : Pour la seule journée du 6 mai, ce sont 17,08% des comptes cet ensemble de plus de 1,1M de comptes qui ont été touchés par l’information du Macron Leak. Du jamais vu.

Attention : ces niveaux d’activité n’indiquent rien quant au contenu qui peut être “positif”, “négatif” ou “neutre”. Les communautés politiques sont définies de manière purement technique. L’appartenance à une communauté ne signifie pas l’appartenance au parti associé.

Pour rester informé :  @politoscope2017 ou inscrivez vous sur notre mailing liste

Prochainement : Une application ouverte pour explorer les principales “campagnes” des communautés politiques sur Twitter. Préparez vos suggestions de thèmes sur lesquels pointer le politoscope.

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